Oiseaux

Migration des palombes : quand et où observer le grand passage du pigeon ramier en France

Dans le Sud-Ouest, la seconde quinzaine d’octobre a un parfum particulier : c’est le moment où le ciel se couvre de grands vols de palombes. Le pigeon ramier, appelé palombe dans les Landes, au Pays basque et en Béarn, effectue chaque automne une migration spectaculaire vers l’Espagne et le Portugal. On vous explique comment et où observer ce passage, l’un des grands rendez-vous ornithologiques de la saison.

Palombe ou pigeon ramier : le même oiseau

La palombe, c’est le pigeon ramier, Columba palumbus, le plus grand des pigeons européens. Il se reconnaît à plusieurs détails :

  • une taille d’environ 40 cm, nettement plus imposante qu’un pigeon des villes ;
  • une tache blanche bien visible de chaque côté du cou chez l’adulte ;
  • une large bande blanche en travers de chaque aile, très visible en vol ;
  • une poitrine rosée et un plumage gris-bleu.

Une partie des ramiers vit en France toute l’année, dans les parcs, les jardins et les campagnes. Mais les populations d’Europe du Nord et de l’Est, elles, migrent pour passer l’hiver plus au sud, où elles trouvent glands et cultures en abondance.

Le calendrier du passage

Les premiers migrateurs arrivent dès la fin septembre, en petit nombre. Les grands passages commencent vers la mi-octobre et s’intensifient jusqu’à la fin du mois. Dans le Sud-Ouest, la tradition place le pic autour du 18 octobre, jour de la Saint-Luc. Dans les faits, le moment exact varie beaucoup d’une année à l’autre.

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Ce qui déclenche les grands départs, c’est surtout la météo :

  • un vent de nord ou de nord-est, qui pousse les oiseaux vers le sud ;
  • une chute des températures dans le nord de l’Europe ;
  • un ciel dégagé après plusieurs jours de mauvais temps, qui libère les oiseaux bloqués.

Les passages se prolongent souvent jusqu’à la mi-novembre. Les ramiers voyagent de jour, surtout le matin, parfois en vols de plusieurs centaines d’individus. Ce n’est pas le cas de tous les migrateurs : beaucoup de petits passereaux préfèrent l’obscurité, comme nous l’expliquions dans notre article sur le vol de nuit des oiseaux.

Où observer la migration des palombes

Les cols des Pyrénées occidentales

Pour franchir les Pyrénées, les palombes empruntent les cols les plus bas, en particulier au Pays basque. Le col d’Organbidexka, en Soule, est l’un des sites les plus connus : une association, Organbidexka Col Libre, y suit la migration des oiseaux chaque automne depuis des décennies, avec des observateurs présents sur place pendant toute la saison. On y voit aussi passer rapaces, cigognes et grues.

Plus près de la côte, le col de Lizarrieta, au-dessus de Sare, est lui aussi un lieu de passage réputé, connu pour sa tradition de chasse aux filets.

Les Landes et la Gironde

En plaine, le passage traverse le massif landais et le Médoc. Il est moins concentré qu’en montagne, mais il reste possible d’observer de beaux vols depuis une lisière ou un point dégagé, par un matin de vent de nord-est.

Ailleurs en France

Les ramiers migrateurs survolent en réalité une grande partie du pays, et des vols peuvent être aperçus bien au nord de l’Aquitaine. Les observations locales sont souvent partagées sur les sites participatifs régionaux de type Faune, qui permettent de savoir si un passage est en cours.

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Une tradition de chasse à connaître

La palombe occupe une place à part dans la culture du Sud-Ouest. Sa chasse traditionnelle, depuis des cabanes perchées dans les arbres ou avec des filets dans certaines vallées basques, est une pratique très ancienne. Les carnets tenus par les chasseurs servent d’ailleurs aux scientifiques pour suivre l’évolution du flux migratoire.

Si vous observez en période de chasse, renseignez-vous sur les zones concernées, portez des vêtements visibles et restez sur les chemins balisés. Les mêmes précautions valent pour toutes les sorties nature de l’automne.

Une population plutôt stable

Au début des années 1990, des comptages en baisse avaient fait craindre un déclin des palombes migratrices. Les suivis menés depuis indiquent un flux globalement stable, avec de fortes variations d’une année à l’autre. Certains ramiers du nord de l’Europe semblent aussi raccourcir leur trajet et hiverner plus au nord qu’autrefois, profitant d’hivers plus doux et des cultures.

La migration reste cependant exposée à de nombreux obstacles. Nous avions évoqué l’effet des éoliennes sur les oiseaux migrateurs, un sujet qui concerne aussi les couloirs pyrénéens.

Conseils pour une belle observation

  • Partez tôt le matin, quand les vols sont les plus nombreux.
  • Surveillez la météo et privilégiez les jours de vent de nord-est après une période pluvieuse.
  • Emportez des jumelles 8×42 ou 10×42 et des vêtements chauds : il fait froid sur un col en octobre.
  • Restez discret et respectez les observateurs et les chasseurs présents.

Et si vous êtes déjà dans le Sud-Ouest à cette période, gardez un œil sur le ciel : les palombes ne voyagent pas seules. C’est aussi la saison des grues cendrées, dont les vols en V et les cris rauques annoncent elles aussi l’arrivée de l’hiver.