Un cri métallique qui tombe du ciel, puis un grand V qui ondule au-dessus des toits : c’est la migration des grues cendrées, l’un des plus beaux spectacles naturels de l’automne en France. D’octobre à décembre, des dizaines de milliers d’oiseaux traversent le pays du nord-est au sud-ouest. Voici où et quand les observer, et comment le faire sans les déranger.
Une migration spectaculaire
La grue cendrée (Grus grus) niche dans le nord et l’est de l’Europe, de la Scandinavie aux pays baltes, en passant par l’Allemagne et la Pologne. À l’automne, une grande partie de la population dite « ouest-européenne » descend vers la péninsule Ibérique, notamment l’Estrémadure espagnole, pour y passer l’hiver. Une part croissante reste désormais en France.
Le couloir de migration traverse le pays en diagonale, de la Lorraine et de la Champagne jusqu’aux Landes. Les grues voyagent le jour, mais aussi la nuit, souvent par groupes familiaux. Elles profitent des vents porteurs du nord-est et peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres d’une traite, comme beaucoup d’autres migrateurs dont nous évoquions les voyages nocturnes.
Le calendrier de passage
Les premiers groupes apparaissent dès la mi-octobre. Le pic de migration se situe généralement entre la fin octobre et la mi-novembre, au gré des coups de froid en Allemagne : une vague de gel au nord déclenche souvent des départs massifs, visibles en France un ou deux jours plus tard. Les derniers passages s’observent parfois jusqu’en décembre.
La migration de retour, au printemps, commence dès la mi-février et dure jusqu’en mars.
Où les observer en France
Le lac du Der, en Champagne
C’est le site de référence. Ce grand réservoir entre la Marne et la Haute-Marne sert de dortoir à des dizaines de milliers de grues en halte migratoire. La LPO Champagne-Ardenne y a compté un record de 268 100 grues le 3 novembre 2019. Le spectacle le plus impressionnant a lieu au lever du jour, quand les oiseaux quittent le lac pour aller se nourrir dans les champs, et au coucher du soleil, quand ils reviennent par vagues successives.
Les autres sites
- Les étangs de Lorraine et de la Champagne humide, sur la même route migratoire.
- Le camp de Captieux, en Gironde, et la réserve d’Arjuzanx, dans les Landes, qui accueillent chaque hiver plusieurs dizaines de milliers d’hivernantes.
- Le Centre et le Limousin, survolés par les groupes en transit, où il suffit souvent de lever les yeux.
D’après la LPO Champagne-Ardenne, l’hivernage en France a atteint un niveau record en 2024, avec près de 187 000 grues recensées sur l’ensemble du territoire.
Pour connaître les passages en temps réel, les sites participatifs comme Faune France et les pages de la LPO publient les observations au jour le jour.
Reconnaître une grue cendrée
En vol, la grue se distingue par sa grande taille (autour de deux mètres d’envergure), son cou tendu vers l’avant et ses pattes qui dépassent nettement derrière la queue. Les groupes forment des V ou de longues lignes ondulantes, très différentes des formations serrées des oies.
Au sol, l’adulte est gris cendré, avec une tête noire et blanche, une petite calotte rouge et un « panache » de plumes tombantes au-dessus de la queue. Les jeunes de l’année ont la tête brunâtre. Mais c’est souvent le cri qui trahit leur présence : un trompettement sonore, audible à plus d’un kilomètre.
Si vous débutez en observation, nos repères pour reconnaître les oiseaux du jardin donnent une bonne base de méthode.
Observer sans déranger
Les grues sont très farouches et dépensent beaucoup d’énergie à chaque envol. Pendant la halte migratoire, ces réserves sont précieuses.
- Restez à distance, sur les observatoires et points de vue aménagés.
- Ne sortez pas de votre voiture le long des champs où elles se nourrissent : le véhicule sert d’affût.
- N’utilisez ni drone ni appel sonore.
- Ne vous approchez jamais des dortoirs.
- Équipez-vous de jumelles ou d’une longue-vue plutôt que de chercher à vous rapprocher.
Des sorties guidées sont organisées chaque automne autour du lac du Der par des structures naturalistes ; elles sont idéales pour une première observation.
Une espèce qui va mieux, mais reste vulnérable
Les effectifs de grues cendrées ont nettement progressé en Europe ces dernières décennies grâce à la protection des zones humides. L’espèce reste néanmoins sensible à la disparition de ses haltes, aux collisions avec les lignes électriques et à certains aménagements, comme nous l’évoquions à propos des éoliennes et des oiseaux migrateurs. Lever les yeux à l’automne, c’est aussi mesurer l’importance de préserver ces routes du ciel.