Elle file le long des troncs comme une petite souris à plumes, la tête vers le bas, et lance des sifflements sonores qui résonnent dans les jardins dès la fin de l’hiver. La sittelle torchepot (Sitta europaea) est un oiseau commun en France, mais on la remarque rarement si l’on ne sait pas quoi chercher. En hiver, elle fréquente volontiers les mangeoires, ce qui en fait la saison idéale pour l’observer.
Reconnaître la sittelle torchepot
La sittelle mesure environ 14 centimètres, à peu près la taille d’un moineau, mais sa silhouette est bien différente : corps trapu, queue courte, grosse tête et long bec droit en forme de poignard.
Ses couleurs sont faciles à retenir :
- un dos et une calotte gris-bleu uniformes ;
- un bandeau noir qui traverse l’œil, du bec jusqu’à la nuque ;
- une gorge et des joues blanches ;
- un ventre et des flancs orangés à roux, plus soutenus chez le mâle, notamment sous la queue.
Mâle et femelle se ressemblent beaucoup. Le mâle présente généralement des flancs plus roux et plus contrastés, la femelle des tons plus pâles.
Une acrobate unique dans nos jardins
Ce qui distingue vraiment la sittelle, c’est sa façon de se déplacer. Les grimpereaux et les pics montent le long des troncs en s’appuyant sur leur queue rigide. La sittelle, elle, ne se sert pas de sa queue : agrippée par ses pattes puissantes, elle monte, descend et contourne les branches dans tous les sens, y compris tête en bas. Aucun autre oiseau de nos jardins ne le fait aussi naturellement.
Cette agilité lui permet de fouiller les fissures de l’écorce à la recherche d’insectes, de larves et d’araignées. À l’automne et en hiver, son régime se tourne davantage vers les graines et les fruits secs : noisettes, faines, glands, graines de conifères.
Pourquoi « torchepot » ?
Son nom vient d’une habitude étonnante. La sittelle niche dans des cavités, souvent d’anciennes loges de pics ou des trous d’arbres. Quand l’entrée est trop large, la femelle la rétrécit avec de la boue mêlée de salive, qu’elle façonne jusqu’à obtenir un trou juste à sa taille. Elle « torche le pot », comme on enduisait autrefois les murs de torchis. Ce maçonnage protège la nichée des prédateurs et des concurrents plus gros, comme l’étourneau.
Elle adopte aussi les nichoirs, qu’elle n’hésite pas à remodeler de la même façon. Si vous en installez un, pensez à le vider à la fin de l’automne, comme nous l’expliquions dans notre article sur le nettoyage des nichoirs.
Son chant et ses cris
La sittelle est un oiseau bruyant. Son cri le plus courant est un « tuit » sonore et métallique, souvent répété. Dès la fin de l’hiver, le mâle lance des séries rapides de sifflements clairs qui portent loin. Si vous entendez un oiseau siffler fort dans un grand arbre sans parvenir à le voir, cherchez une petite silhouette grise collée au tronc.
Une sédentaire fidèle à son territoire
Contrairement à de nombreux passereaux, la sittelle ne migre pas. Les couples restent ensemble sur le même territoire toute l’année et le défendent contre leurs voisins. Elle affectionne les bois de feuillus, les parcs et les jardins pourvus de vieux arbres, notamment les chênes et les hêtres.
À l’automne, elle constitue des réserves : elle cache des graines dans les fissures des écorces ou dans le sol, qu’elle viendra récupérer pendant les jours de disette. Un comportement qui rappelle celui du geai, à plus petite échelle.
L’attirer aux mangeoires en hiver
La sittelle fréquente facilement les postes de nourrissage, parfois aux côtés des mésanges et du pic épeiche. Pour l’accueillir :
- proposez des graines de tournesol, qu’elle adore et qu’elle emporte une à une pour les coincer dans une écorce avant de les ouvrir à coups de bec ;
- installez des boules ou pains de graisse sans filet, ou une mangeoire à suif fixée contre un tronc ;
- ajoutez des cacahuètes non salées dans un distributeur grillagé, pour éviter que les oiseaux n’avalent des morceaux trop gros.
Placez les mangeoires près d’un arbre, à l’abri des chats, et nettoyez-les régulièrement pour limiter la transmission des maladies. Les bons principes du nourrissage sont détaillés dans notre guide pour nourrir les oiseaux en hiver. Comme pour la mésange charbonnière, une source d’eau non gelée lui rendra aussi un fier service pendant les grands froids.