Oiseaux

Murmurations d’étourneaux : pourquoi ces nuées dansent dans le ciel d’automne et comment les observer

C’est l’un des plus beaux spectacles naturels de l’automne, et il se joue parfois au-dessus d’une zone commerciale ou d’un parc de ville. Au coucher du soleil, des milliers d’étourneaux sansonnets se rassemblent et forment des nuées qui se contractent, s’étirent et changent de forme comme un seul organisme. Ces murmurations d’étourneaux intriguent les scientifiques autant qu’elles émerveillent les promeneurs.

Un oiseau familier aux allures de foule

L’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) est un passereau de taille moyenne, au plumage noir à reflets verts et violets, constellé de petites taches claires en hiver. Il est très commun dans les campagnes comme en ville, où il fréquente pelouses, prairies, vergers et vignes.

En automne, les populations locales sont rejointes par des étourneaux venus du nord et de l’est de l’Europe, qui passent l’hiver sous nos latitudes plus clémentes. C’est ce gonflement des effectifs, combiné au besoin de se regrouper pour la nuit, qui donne naissance aux grandes nuées.

Pourquoi ces nuées se forment-elles ?

En fin de journée, après s’être nourris en petits groupes dispersés dans la campagne, les étourneaux convergent vers un dortoir commun : une roselière, un bosquet, un alignement de platanes en ville, parfois des structures métalliques. Avant de s’y poser, ils évoluent en vol groupé pendant de longues minutes. Les dortoirs peuvent rassembler des milliers, voire des centaines de milliers d’oiseaux.

A lire aussi :  Les différentes espèces de perruches

Plusieurs explications sont avancées par les ornithologues, et elles ne s’excluent pas :

  • La protection contre les prédateurs. Faucon pèlerin, épervier ou faucon crécerelle ont beaucoup de mal à isoler une proie dans une masse mouvante. Les contractions spectaculaires de la nuée s’observent d’ailleurs souvent lors d’une attaque.
  • L’effet de dilution. Plus le groupe est grand, plus la probabilité pour un individu d’être capturé diminue.
  • Le rassemblement et l’information. Les vols groupés attireraient les oiseaux dispersés vers le dortoir, et le regroupement nocturne permettrait de partager des informations sur les zones d’alimentation.
  • La chaleur. Serrés les uns contre les autres pour la nuit, les oiseaux perdent moins d’énergie.

Comment des milliers d’oiseaux évitent-ils les collisions ?

Il n’y a ni chef ni plan de vol. Une étude italienne publiée en 2008, fondée sur la reconstitution en trois dimensions de nuées au-dessus de Rome, a montré que chaque étourneau ajuste sa trajectoire sur un petit nombre de voisins, six à sept environ, quelle que soit la densité de la nuée. Cette règle simple suffit à propager un changement de direction à toute la masse en une fraction de seconde, comme une vague.

Le résultat est un mouvement collectif d’une grande fluidité, qui fascine aujourd’hui aussi bien les biologistes que les physiciens et les spécialistes des essaims de drones.

Quand et où observer une murmuration

La saison. Les murmurations s’observent surtout d’octobre à février, avec un pic quand les effectifs d’hivernants sont au maximum, généralement en novembre et décembre.

Le moment. Tout se joue dans la demi-heure à l’heure qui précède le coucher du soleil. Avec le passage à l’heure d’hiver, le spectacle commence donc assez tôt dans l’après-midi. Les journées calmes et dégagées sont souvent les plus belles.

A lire aussi :  Nettoyer les nichoirs à l'automne : quand, comment et pourquoi c'est utile aux oiseaux

Les lieux. Repérez les grands rassemblements du soir : vous verrez des groupes d’étourneaux filer tous dans la même direction en fin d’après-midi. Les zones humides avec roselières, les parcs urbains et les grands alignements d’arbres sont des sites classiques. Les associations naturalistes locales, comme les antennes de la LPO, connaissent souvent les dortoirs de leur secteur et organisent parfois des sorties d’observation.

Observer sans déranger

Un dortoir en formation est fragile : selon la LPO, les oiseaux sont faciles à perturber tant qu’il n’est pas bien établi. Restez à bonne distance, évitez les lampes et les bruits soudains, et n’utilisez pas de drone à proximité. Des jumelles suffisent ; un appareil photo en rafale permet de saisir les formes changeantes de la nuée.

Si les migrations vous passionnent, l’automne offre d’autres rendez-vous, comme le passage des grues cendrées ou le grand passage des palombes. Et au jardin, profitez-en pour apprendre à reconnaître les oiseaux les plus courants : l’étourneau, avec son allure trapue et son bec pointu, en fait partie.